Monsieur Origami - Jean-Marc Ceci

Origami

- Gallimard 2016 - ( Folio mars 2018 ) -

" - Vous avez vraiment tout quitté pour une femme ? Maître Kurogiku se tait. Regarde Casparo. Parle : - Posez-vous cette seule question : quitter quoi. - Eh bien, tout ce que vous aviez. - À quoi sert-il d'avoir si être nous manque ? "

Kurogiku a quitté le Japon et vit dans une ruine isolée de Toscane où il s'adonne à l'art de l'origami. Un jour, Casparo, un jeune horloger, arrive avec le projet de fabriquer une montre complexe contenant toutes les mesures du temps. Son arrivée va bousculer l'apparente tranquillité de Monsieur Origami. 

J'étais curieuse de ce roman, de son titre accrocheur, de l'enthousiasme que j'ai perçu lors de sa parution. Ma curiosité a été satisfaite, c'est un joli roman, je ne classerai pas dans la catégorie inoubliable - coup de coeur.

Une lecture agréable, rafraichissante par sa simplicité ( au sens noble du terme ), sa sobriété; une lecture originale, différente par ses choix narratifs : quatre parties ( dont chaque page est illustrée en chapeau de caractères nippons, le titre de la partie, un mot japonais : - Washi - Origami - Zen - Ima ), et pour chacune de ses parties du micro chapitre, c'est à dire quelques lignes sur une ou deux pages, racontant un moment ou un aspect précis de l'histoire ( dans le passé de ce Monsieur Origami ) ou documentaire. Ce que je veux dire par documentaire, c'est que le récit fournit des explications précises sur le washi, sa fabrication - le papier de qualité utilisé pour les origamis, également pour des paravents, des lanternes, etc - , sur l'art de l'origami.

Nous avons l'impression d'avancer pas après pas. Des phrases sobres, courtes, parfois nominales, souvent descriptives. C'est tout le paradoxe de cette lecture, une lecture patiente, une lecture de la patience, qui se lit si vite. Alors, lecture frugale aussi.

Maître Kurogiku est assis en zazen, observant le tas de washi qu'il a gardé pour lui. A proximité, la chatte Ima ronronne. 

Dehors, le jeune homme longe la piscine et les allées de kozo. Et arrive au préau. Il porte pour tout bagage un sac en bandoulière en cuir brun, usé.

Maître Kurogiku prend une feuille, la coupe pour former un carré.

Le jeune homme monte les quelques marches de pierre. Il est sous le préau et aperçoit le vieil homme. Il s'avance vers lui. A son approche, la chatte remue légèrement la queue.

Maître Kurogiku commence un origami. Il plie la feuille le long de deux diagonales, puis le long de deux médianes. Il la déplie. La feuille porte les marques d'un astérisque à huit branches. "

Il me semble que, bien plus qu'une fable ou un conte philosophique, ce roman c'est un haïku, cet art de saisir l'instant en quelques mots, d'accompagner les silences. C'est de cela que nous parle ce roman, du temps, de notre perception du temps, de notre façon d'habiter le temps. Ima signifie maintenant.

Et c'est un hommage à un patrimoine culturel immatériel. J'ai découvert cette expression et l'existence d'un comité de sauvegarde de l'Unesco par cette lecture. 

En 2014, l'Unesco a reconnu le savoir-faire du washi comme patrimoine culturel immatériel de l'humanité. "

- Participation au mois belge -

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Commentaires (7)

1. Kathel (site web) 15/04/2018

Un hommage à un patrimoine culturel immatériel... Pour ça, ça mérite le coup d'oeil... ;-) Je l'ai feuilleté et ai été tentée, la présentation est jolie.

2. FondantGrignote (site web) 15/04/2018

agréable... ton billet est tentant ! et le titre aussi :-)

3. Anne (site web) 15/04/2018

Une lecture qui m'attend... pour introduire un voyage oriental peut-être.

4. Marilyne 16/04/2018

@ Kathel : l'expression est jolie, n'est-ce pas :)

@ FondantGrignote: c'est vrai, c'est le titre qui a d'abord retenu mon attention ^-^

@ Anne : bonne idée ! ( j'ai ce qu'il faut pour le voyage oriental ;-))

5. yuko (site web) 16/04/2018

C'est vrai qu'il y a du haïku dans ce récit... Je me souviens d'un bon moment de lecture sur le coup mais j'avoue que je m'en souviens peu depuis... Bonne journée à toi !

6. Lili (site web) 16/04/2018

Ça a l'air charmant comme tout. Je le note pour un prochain mois belge !

7. Marilyne 17/04/2018

@ Yuko : je ne suis pas étonnée, finalement c'est surtout l'ambiance cette lecture.

@ Lili : petit moment de lecture rafraîchissant, sans prétention.

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