La cuisine totalitaire - Wladimir & Olga Kaminer

Cuisine

- Editions Gaïa -

- Traduit de l’allemand par Max Stadler & Lucie Clauss -

- Illustrations de couverture & dessins en tête de chapitres de Vitali Konstantinov -

Original ouvrage. Il s’agit d’un carnet de voyage culinaire. Les auteurs, Wladimir et Olga Kaminer, Russes expatriés vivant en Allemagne, racontent souvenirs et anecdotes :  » … ma femme et moi avons décidé de consigner nos expériences de la cuisine soviétique dans un petit livre, afin que les générations à venir aient matière à expérimentation. « 

Expérimentation. Le ton à la dérision est donné, comme l’annonce l’illustration de couverture. Il s’agit bien d’aventures, celle des états constituant les républiques soviétiques citées et celle de Wladimir Kaminer. Ecrivain, journaliste, il signe dans ce livre des chroniques épicées, parfois saignantes, jouant des clichés ( ceux qu’il pointe, ceux qu’il manipule ). On appréciera ou non cette cuisine totalitaire, préparée en mode journalistique truffé d’anecdotes personnelles aussi bien en URSS qu’en Allemagne dans les restaurants et les soirées  » russes « .  Son parti-pris subjectif, l’impertinence dans la légèreté moqueuse du propos historique peuvent paraître cavalière, être ressentie dérangeante.

Rappelant l’immensité du territoire que couvrait l’URSS, Wladimir Kaminer nous emmène goûter la diversité de la cuisine soviétique à travers les républiques de cet empire communiste : Arménie, Biélorussie, Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Sibérie, Ouzbékistan, Lettonie, Tatarstan, Russie du Sud ( l’ouvrage a le bon goût de fournir une carte en introduction ) .

Pour chaque état, avant le récit personnel, quelques pages de présentation, à la fois documentée et ironique à point quant à sa géographie, son histoire, ses traditions et son  » rôle  » dans l’économie alimentaire planifiée soviétique.

 » L’Azerbaïdjan est un État d’Asie mineure bordant la mer Caspienne, à peu près aussi grand que la Bavière, mais sans buveurs de bière et avec plus de jours ensoleillés dans l’année. « 

 » Les plats sibériens ne séduisent pas seulement par leur taille impressionnante, mais aussi par leur qualité. On dit que l’Est et l’Ouest se rencontrent sur les tables sibériennes. Les nombreux immigrés qui ont tenté de s’adapter au pays n’étaient pas des gourmets, mais ils étaient inventifs et affamés. Les paysages sibériens, les forêts, les lacs et les fleuves leur ont apporté tous les ingrédients nécessaires qui n’étaient pourtant pas faciles à trouver. La plupart de ces ingrédients sont gros et ont eux-mêmes de grandes dents. De plus, eux aussi ont souvent très faim et ils attaquent les humains, sauf bien-sûr les baies et les champignons qui mûrissent paisiblement mais à des endroits où on n’accède qu’au péril de sa vie. C’est pourquoi la cuisine sibérienne a un arrière-goût de survie. Les prises doivent être grosses pour que l’on puisse faire des réserves pour les temps difficiles. « 

Chaque chapitre se clôt avec le cahier de recettes traditionnelles, pas moins de cinq, des entrées, soupes, plats, desserts, du khartcho géorgien au baklava ouzbek.

 » Une petite dernière « 

Placer une bouteille de vodka 3 à 4 heures au réfrigérateur. Couper le pain noir, le filet de hareng, les cornichons et les champignons marinés en petits morceaux, et les disposer sur une assiette. Déguster la vodka froide dans de petits verres. Ne rien manger après le premier verre, manger une seule tranche de pain après le deuxième verre, et après le troisième, tout est permis. « 

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