Notre besoin de consolation est impossible à rassasier – Stig Dagerman

Notre besoin de consolation

- Actes Sud -

Depuis la découverte, en 1981, de ce texte où Stig Dagerman, avant de sombrer dans le silence et de se donner la mort, fait une ultime démonstration des pouvoirs secrètement accordés à son écriture, le succès ne s’est jamais démenti. On peut donc, aujourd’hui, à l’occasion d’une nouvelle édition de ce  » testament « , parler d’un véritable classique, un de ces écrits brefs dont le temps a cristallisé la transparence et l’inoubliable éclat.

Une dizaine de pages. Un testament au delà d’une philosophie, une désespérance solitaire et créatrice, une souveraine exigence de vie, libérée du poids du temps, des carcans et des cruautés du monde. Une confession, une réflexion, une aspiration.

Une lecture intense d’une lucidité et d’une intimité intellectuelles troublantes sur l’art de vivre, les raisons, le désir de vivre. Un texte brûlant parce que éperdu, accablant parce que rationnel, d’un homme jeune qui cherche encore à survivre, doute de la délivrance par l’écriture, n’espère de rédemption qu’en l’idée d’une fondamentale liberté humaine, douloureuse et inaccessible, qui ne sera que celle de se donner la mort.

Ecrivain engagé et journaliste suédois né en 1923, auteur du recueil Automne allemand sur l’Allemagne d’après-guerre, Stig Dagerman a écrit ce texte en 1952 bien qu’il ait abandonné l’écriture dès 1949. Il s’est suicidé en 1954 à l’âge de 31 ans.

En Suède, un prix littéraire portant son nom est décerné chaque année à un écrivain ayant contribué à promouvoir une parole libre dans le monde.

Ses mots :

 » Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie ne soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. « 

 » Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent – fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance – seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude – méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche ! « 

 » Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. « 

 » Etant donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l’offre au monde. « 

 » Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme un poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites. [...] aucune puissance, aucun être humain, n’a le droit d’énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s’étioler. « 

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Des mots que je ne pourrais jamais oublier.

Ceux de l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano ayant reçu le prix en 2010 pour ses Paroles Vagabondes

 » Cher Stig,
Espérons que nous serons dignes de ton espérance désespérée.
Espérons que nous aurons le courage d’être seuls et la vaillance d’être ensemble  »

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