Vivre ne suffit pas - Jean Désy

 

Jdesy

- XYZ Editeur -

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Voici donc l'homme québécois que je désirais rencontrer en le lisant : Jean Désy, auteur prolixe dans tous les genres, poète, écrivain-voyageur, " un coureur du froid ", médecin, enseignant... un penseur attaché au monde, un humaniste. 

J'ai choisi ce titre parce qu'il est celui de la rencontre, une anthologie. Il s'agit d'un recueil d'articles, vingt-quatre textes provenant de six livres différents; textes de réflexions, récits, des poèmes en fin d'ouvrage et un portrait de Jean Désy par lui-même en abécédaire écrit pour cette édition. Cette anthologie permet de découvrir et partager ses convictions et ses doutes, ses thèmes de prédilection, la finesse de sa pensée, pleinement ouverte, consciente et réaliste, son érudition qui ne s'impose pas mais qui éveille, pas seulement la curiosité.

Je tiens à préciser que cette lecture n'est absolument pas exigeante ou ardue; Jean Désy nous emmène avec lui. Et je m'en suis nourrie, délectée et réjouie de cette lecture, un bonheur de lecture.

Le titre fait évidemment référence à la citation de Fernando Pessoa : " La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas. "

Dans ces textes, Jean Désy nous livre ses réflexions et sa foi sur le sens de la vie, sur les questions qui se posent, à travers sa vocation de soignant et sa pratique médicale, son expérience d'enseignant, son empathie avec l'histoire contemporaine mondiale, sa passion exploratrice pour le Grand Nord, sa foi en les valeurs et les pouvoirs de la littérature et de l'art. Sa foi. C'est le mot essentiel, la notion si précieuse de cette pensée profonde " d'une lucidité totale et vraie qui est " la blessure la plus rapprochée du soleil ", pour reprendre la parole de René Char. " 

Pensées et paroles sans concessions ni complaisances, Jean Désy nous dit ses peurs, ses rancoeurs, ses lassitudes, sa quête. Rien de douloureux mais l'intuition de la transcendance, la foi, encore et toujours, en cette transcendance. Jean Désy nous parle de beauté et d'amour. Infiniment. 

Aimer constitue la difficulté suprême, la mission de l'être sur Terre, la grande utopie. Aimer constitue la seule raison que possèdent les humains de ne pas saccager leur planète et eux-mêmes. "

Ces phrases sont extraites d'un texte consacré à ses étudiants; un texte qui en devient presque une lettre " à mes étudiants ", un texte splendide.

Ces textes reviennent sur l'opposition qui devrait être complémentarité entre sciences et littérature. Son propos est philosophique autant que concret. Spiritualité, éthique, esthétique, des lectures majeures, fondamentales, fondatrices - Rimbaud, Shakespeare, Goethe, Dostoïevski, George Steiner... -, de l'éblouissement devant les tableaux de Vincent Van Gogh comme il nous raconte des situations de soignant ainsi que les peuples et les paysages du Grand Nord. il nous dit le mal et la souffrance à affronter, la joie à retrouver. Il nous dit la science, la poétique, le religieux et l'âme. 

Pour nous refaire un Sens. En dehors de tous les fanatismes, car les pires fanatiques sont ceux qui disent ouvertement combattre le diable.

Ces temps-ci, plus que jamais, il me semble que sans cette foi dans la lettre majuscule, celle de l'Esprit ou de l'Âme ou de Dieu ou de l'Harmonie, eh bien, je ne voudrais plus tellement habiter ce monde ridicule. "

Une lecture vivante ", selon l'expression de R.Barthes, qui me laisse admirative de cette extrême lucidité et de cette foi.

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" J'aime tout emmêler, littérature, philosophie, anthropologie, poésie, géographie, langues, médecine, musique, nordicité, physique quantique. J'aime. J'aime avoir ce sentiment que le contact poétique s'établit d'âme à âme entre deux humains, entre plusieurs humains, comme dans un texte. J'écris pour le dire. Il ne se passe pas un jour sans que la folie de l'écriture ne vienne alimenter mes élans, mes allées et venues dans ce monde, mes coups de coeur, ma façon de mener mon travail. 

Littérature et médecine ne sont que des prétextes. Tout n'est peut-être que prétexte pour atteindre l'âme, la mienne comme celle des autres. Les mots comme les maux humains ne sont rien que des prétextes pour aimer mieux. "

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J'ai à tout moment remis en question ma place dans le monde en tant qu'écrivain, sachant que par-delà les mots qui disent la beauté du monde, il y a la beauté elle-même et que les mots ne peuvent suffire. Les mots ne sont que les manifestants de la beauté du monde. Ils servent à transmettre l'idée, puis la réalité de la beauté du monde. Les mots et le langage ne sont pas premiers; c'est l'amour et la vie amoureuse des êtres qui importent. Après, après seulement, la poésie peut prendre la place qui lui revient. J'ai cependant accepté de jouer le jeu de ma vie parce que ma parole peut voguer, à travers la parole des autres. C'est pourquoi j'écris. "

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- Littérature québécoise avec Anne qui vous présente " Soeurs volées. Enquête sur un féminicide au Canada " par Emmanuelle Walter -

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Commentaires (5)

1. Anne (site web) 07/03/2015

Aujourd'hui c'est moi qui ne suis pas tout à fait prête, mais je goûte déjà ton anthologie. J'aime beaucoup la dernière citation et suis impatiente de découvrir le poème.

2. Marilyne 07/03/2015

Un voyage avec le recueil poétique choisi aux éditions Mémoire d'encrier ( horaire de publication aléatoire ;))

3. Aifelle (site web) 08/03/2015

Je ne connais pas cet auteur et je m'empresse de noter, en général j'aime ce genre de lecture.

4. Dominique (site web) 08/03/2015

j'ai un livre très ancien de l'auteur que j'ai aimé alors je note celui là
impossible de mettre la main dessus et ça m'énerve au possible
ah voilà j'ai trouvé c'était voyage au nord du nord

5. denisl (site web) 08/03/2015

Un auteur que j'ai envie de découvrir au vu de ton article

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