Qaanaak - Mo Malo

Qaanaak

- Editions de la Martinière 2018 - Points Policier 2019 -

Adopté à l'âge de trois ans, Qaanaaq Adriensen n'a jamais remis les pieds sur sa terre natale, le Groenland. C'est à contrecœur que l'inspecteur accepte d'aider la police locale, démunie devant ce qui s'annonce comme la plus grande affaire criminelle du pays : quatre ouvriers de plateformes pétrolières retrouvés le corps déchiqueté. Les blessures semblent caractéristiques d'une attaque d'ours polaire. Mais les ours crochètent-ils les portes ? Flanqué de l'inspecteur Apputiku, Qaanaaq va mener l'enquête. Et peut-être remonter ainsi jusqu'au secret de ses origines.

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Il est des périodes moins propices à la lecture, en général, à la lecture fictionnelle en particulier. Il m'a fallu un polar pour y revenir, un polar arctique.

Qaanaak, c'est donc à la fois le prénom du personnage principal, un capitaine de police danois, et un village au nord ouest du Groenland ( dépassant à peine les 600 habitants ). Le récit se partage entre la ville de Nuuk, plus développée, siège de la police et Qaanaak. En ouverture du roman, une carte sommaire du Groenland nous accueille, nous permettant notamment de prendre conscience des distances séparant les lieux ( 1600 kilomètres... ), ainsi qu'une citation de V.Kandinsky à laquelle je n'ai pas pu résister : " Le blanc sonne comme un silence, un rien avant tout commencement. "

Le récit tient du thriller et du roman noir, très noir sur tout ce blanc glacé. On embarque pour ses 500 pages sans décrocher, j'oserai écrire qu'on est harponné et qu'on le dévore ce roman, qui nous raconte une vengeance de Nanook, l'esprit du grand ours polaire.

Si le style n'a rien de particulièrement remarquable, l'intrigue est bien menée, sérieusement ficelée. Le contexte, géographique, économique, est planté, documenté, il ne se réduit pas à un décor de fond, ne se limite pas au folklore et clichés. Il est question des relations Groenland-Danemark, de la relation aux " étrangers ", des usages des langues, de celui de l'artisanat, du tourisme évidemment, de tradition et de modernité - " Chacun à leur manière, ils pratiquaient le grand écart entre deux mondes. Des univers indispensables à leur équilibre mais qu'ils savaient impossibles à concilier. "

Le tableau se veut réaliste, il n'est pas glorieux, et pourtant la fascination pour les descriptions sur la désolation sociale des lieux, malgré leur hostilité. L'intrigue mêle la population inuit et la quête des origines aux fils contemporains d'un contexte complexe et difficile, des revendications d'indépendance aux enjeux des exploitations pétrolières; enjeux financiers, écologiques, politiques - " l'indépendance au bout du pipeline " -.

" - A l'heure où nous parlons, l'Etat groenlandais dépend encore à cinquante pour cent des dotations financières annuelles du Danemark. Chaque année, près de trois milliards six cent mille couronnes nous sont versées par Copenhage. Et quel est l'unique moyen de nous émanciper de cette tutelle financière, je vous le demande ?

- Le pétrole.

- Je dirai plutôt toutes les ressources naturelles dans leur ensemble. Le fer, l'uranium, le plomb, le zinc, l'or, les diamants, les terres rares... mais aussi le pétrole, vous avez raison. A votre avis, quelle part des réserves mondiales de brut recèle notre sous-sol ? [...]

- Vingt-deux pour cent ! Près d'un quart du stock mondial. "

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Qaanaaq est le premier roman policier de Mo Malo, auteur français qui joue du pseudonyme ( c'est tendance le polar froid ). L'auteur était présent aux Quais du Polar pour la parution du second roman avec le capitaine Qaanaack, intitulé Disko ( du nom d'une baie, l'endroit le plus touristique du Groenland ). Il y a avoué qu'il n'était jamais allé au Groenland, repoussant le moment, le fantasmant, travaillant sur une vaste documentation sur le territoire et la culture inuit, de nombreux témoignages et photographies d'une amie photographe y ayant effectué de nombreux voyages ainsi qu'avec les réponses " d'agents infiltrés "... Dans ce deuxième roman, il reprend les thèmes fondamentaux liés au Groenland, le climat ainsi que la gestion problématique des ressources énergétiques exploitables.

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Commentaires (8)

1. Ingannmic (site web) 02/07/2019

Tiens, ton résumé me fait penser à Aucun homme ni Dieu, de William Giraldi, polar qui se déroule en Alaska, sur fond de mythes liés au loup...

2. Kathel (site web) 02/07/2019

Tiens, un auteur que j'ai noté, mais pas encore lu !
Ce doit être dépaysant... le contexte m'évoque pour ma part Nirliit (aux éditions La Peuplade).

3. keisha 03/07/2019

Un livre que j'avais voulu lire, à l'époque (mais jamais reçu et bref tant pis)

4. Dominique (site web) 03/07/2019

j'ai lu le premier sans vraiment être conquise

5. Marilyne 03/07/2019

@ Ingannmic : et tu me rappelles que j'avais noté ce titre !

@ Kathel : je me souviens de ta lecture de Nirliit, j'y ai pensé en lisant ce roman.

@ Keisha : il y en a tant, on trouve toujours un lot de consolation ;)

@ Dominique : c'est certain qu'il ne révolutionne pas le genre, mais je m'y suis laissée prendre ( et ce fut rafraichissant ... )

6. Annie (site web) 04/07/2019

Je vois que tu as trouvé une excellente manière de lutter contre la canicule : toujours plus au nord !

7. Jérôme (site web) 13/07/2019

Un polar glacé, pourquoi pas. Par les chaleurs actuelles, ça ne peut pas faire de mal.

8. Lili (site web) 15/07/2019

Je suis comme toi, quand je suis dans des périodes de lecture (et de blog) peu fructueuses, je finis toujours pas raccrocher les wagons avec un polar. Ça casse rarement trois pattes à un canard mais ça passe tout seul et ça accroche généralement bien, c'est tout ce qu'on demande dans ces cas-là !

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