West - Carys Davies

West

- Editions du Seuil - 2019 -

- Traduit de l'anglais ( Grande Bretagne ) par David Fauquemberg -

John Cyrus Bellman, jeune veuf inconsolé, vit avec sa petite fille de dix ans, Bess, dans leur ferme de Pennsylvanie. Un entrefilet dans la gazette locale, faisant état d'une découverte stupéfiante, va le sortir de sa mélancolie et de son désœuvrement : de mystérieux ossements gigantesques auraient été déterrés, quelque part dans le Kentucky. Nous sommes au dix-neuvième siècle, et le continent américain demeure pour une large part inexploré. Qu'y a-t-il donc à l'ouest ? Se pourrait-il que des créatures fantastiques rôdent dans les terres inconnues qui s'étendent au-delà du fleuve Mississippi ? Bellman décide d'en avoir le cœur net et, s'improvisant aventurier, part à la recherche des bêtes sauvages, en compagnie d'un jeune éclaireur indien répondant au nom de Vieille Femme de Loin.

Bess, livrée à elle-même et aux bons soins d'une tante revêche, passera de longs moments, penchée sur les atlas de la bibliothèque, à suivre en imagination le périple de son père – sans se douter que les monstres n'existent pas que dans les songes ou aux confins du monde, mais qu'ils sont aussi là, bien réels, à notre porte.

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Voici un premier roman en plaisir de lecture, qui n'a rien d'un western. Il se lit tout seul, d'un souffle, rythmé par les pas et les saisons, les mots coulent, comme ces rivières que suivent les personnages. 

Ce roman pourrait être qualifié de roman d'aventure et ressemble à un conte avec sa part de merveilleux et sa part d'effroi. Il nous raconte une quête, celle d'un homme, peut-être " un imbécile et un simple d'esprit " qui " croyait fermement à l'existence de mystérieuses créatures géantes " . Cet homme, Bellman, part pour l'Ouest. Comme il se définit lui-même, il est " une sorte d'explorateur ". 

Le récit du périple n'a pas prétention de nous relater l'Ouest sauvage. Pourtant, en filigrane du voyage, c'est bien ce pays de trappeurs, de négociants et d'Indiens qui se raconte, et c'est aussi l'histoire des peuples indiens " qui ont perdu ", qui sont relégués toujours plus loin dans l'Ouest, toujours plus loin où va Bellman, persuadé qu'il peut rencontrer ces créatures. 

Bellman n'est ni un conquérant, ni réellement un découvreur, peut-être est-il naïf, peut-être est-il rêveur. On s'attache à ses pas, à cette folie pleine de courage d'aller vers d'autres mondes, d'autres possibles; à sa volonté impérieuse de voir, de savoir. Il doit partir. Avec ses moyens modestes, sans connaissance géographiques ni scientifiques. 

Ici, dans l'Ouest, il lui arrivait d'être allongé par terre certaines nuits, enveloppé dans son manteau, et de contempler le ciel, sa pluie d'étoiles, le visage étincelant et brisé de la lune, et de se demander ce qu'il pouvait bien y avoir là-haut - ce qu'il découvrirait s'il trouvait le moyen de s'y rendre pour jeter un coup d'oeil. "

Il a de l'absurde dans ce roman, un absurde émouvant. Les hommes ne se comprennent pas, ils ne parlent pas la même langue, que ce soit par le langage, par les valeurs, par les façons de concevoir la vie, d'interpréter. 

Et il y a Bess qui attend son père. Plus de deux ans. Une jeune fille sans père, sans nouvelle, solitaire, parmi les hommes du village. Un petit chaperon rouge qui apprend une nouvelle définition de l'inconnu. Les prédateurs des forêts pour son père, ceux des villes pour elle. Et des chasseurs.

- J'ai douze ans, se dit tout haut Bess. Je suis trop jeune pour ne pas avoir de protecteur.

Elle commence à s'autoriser à rêver que son père n'est plus très loin, qu'il sera là bientôt.

Elle commence à s'autoriser à rêver que pendant son absence, il a non seulement réussi à trouver les gros monstres qu'il est parti chercher, mais aussi sa mère.

Comme l'homme à la harpe d'or, il la ramènera avec lui, sauf qu'il sera plus malin que l'autre et ne se retournera pas pour regarder, il continuera d'avancer droit devant jusqu'à ce qu'ils soient tous les deux rentrés à la maison. "

L'épilogue aussi attendu qu'improbable ajoute à la saveur du récit. 

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Commentaires (16)

1. keisha 25/02/2019

Je te fais confiance (et puis c'est mon créneau)

2. Ann (site web) 25/02/2019

En tout cas un roman qui ne brade pas la complexité.

3. Anne (site web) 25/02/2019

Je suis perplexe, je ne sais pas si cela me plairait ?? Pas sûre que ce soit mon genre (l'absurde et moi...)

4. Marilyne 25/02/2019

@ Keisha : je crois les doigts ! Il est vrai que je n'ai pas trop de doutes... ;)

@ Ann : oui, et c'est ça qui rend la lecture prenante et intéressante, sous une fausse simplicité, la sobriété du récit.

@ Anne : le récit est sans surprise réelle. Quand j'ai écris absurde, ce n'est pas le style, c'est plutôt que certaines situations, de ce contexte géographique et historique, me paraissent absurde ( comme partir avec un guide indien dont on ne maîtrise pas la langue et la culture ). Ceci dit, cela donne de beaux moments sur les pages. Et puis, c'est aussi l'absurde des destinés humaines parfois, des désirs humains. ( je ne veux pas trop raconter l'histoire ).

5. Sandrine (site web) 25/02/2019

Je suis dans la préhistoire en ce moment et j'ai donc déjà noté ce roman. Un brin d'absurde ? Même pas peur !

6. Marilyne 25/02/2019

@ Sandrine : n'y vas pas pour la Préhistoire. C'est de la quête, l'ailleurs, dont il est question. Et de la violence qui n'est pas que dans les contrées inexplorées.

7. Kathel (site web) 26/02/2019

J'ai l'impression que ce roman ne ressemble pas à aucun autre que j'ai déjà lu... c'est une très bonne raison pour le noter !

8. Kathel (site web) 26/02/2019

je veux dire "ne ressemble à aucun" ;-)

9. Dominique (site web) 26/02/2019

je partage ton avis sauf pour la fin qui pour moi n'a pas vraiment de sens et du coup a fait ressortir pour moi les petits défauts et donc je ne l'ai pas chroniqué
mais je l'ai fait lire et mes amies ont beaucoup aimé donc mon avis n'est pas majoritaire

10. Marilyne 27/02/2019

@ Kathel : c'est vrai, il est singulier ce roman, par sa façon d'aborder les thèmes.

@ Dominique : je crois que la fin m'a moins gênée parce que j'attendais ce type d'épilogue. J'ai vu que l'auteure écrit des nouvelles, ça correspond je trouve, cette manière de " tout régler " pour chacun des personnages, comme boucler la boucle.

11. ellettres (site web) 27/02/2019

Il a l'air étonnant ce roman. A la fois roman d'aventures côté paternel, et roman d'apprentissage côté fille.

12. Marilyne 28/02/2019

@ Elletres : oui, et il a de l'initiation aussi pour le père par ce départ, cette quête.

13. Lili (site web) 01/03/2019

Voilà un roman qui a l'air original, considérant le sujet traité. Ça me tente bien !

14. Marilyne 01/03/2019

@ Lili : franchement, à lire pour le plaisir, il est très bien mené.

15. Annie (site web) 01/03/2019

Le début de ton article m'a rappelé un livre de Tracy Chevalier que j'avais beaucoup aimé et dont le titre m'échappe ! Ton billet reflète très bien le bonheur de lire et est donc très communicatif !

16. Marilyne 01/03/2019

@ Annie : ce doit être Prodigieuses créatures, de Tracy Chevalier. Je pense que West raconte moins les fossiles, il est surtout question de la quête, de ce que le personnages imaginent de ces créatures.

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