Ciné Février18 #2

Après le documentaire The Ride, deux films, deux romances particulières, deux esthétiques, deux représentations des années 50-60.

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Phantom thread

- Film américain de Paul Thomas Anderson -

- Sortie le 14/02/2018 -

Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa soeur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près.

Du glamour et du gothique pour ce film qui raconte une passion vénéneuse - dans tous les sens du terme - dans cet environnement raffiné et luxueux de la mode. Phantom Thread est un film d'atmosphère, un film hanté et confiné.

C'est une histoire d'égo, de personnalité complexe, qui se dévoile, de ces courants souterrains comme des forces occultes; ce que semble dire le titre, ce " fil fantôme ". Ce fil que l'on ne voit pas et qui tient Reynolds Woodcock, peut-être est-ce sa mère, dont il parle tant, inspiratrice, première femme pour laquelle il a réalisé, à peine adolescent, une robe de mariée ? Et peut-être est-ce cette relation fusionnelle, d'interdépendance, de fragilité, qu'il trouve avec la jeune serveuse Alma qui bouscule les codes du petit monde réglé, exigeant et capricieux, du couturier qui exerce sa toute-puissance avec/sur sa soeur consentante et, jusque là, complice ?

 

Phantom 1

Il m'a surprise et mise mal à l'aise ce film; ce décalage entre la beauté, l'élégance, de l'extérieur - des tenues et le maintien des personnages - et la dimension que prend cette relation, imprévue et malsaine, dans laquelle Alma dépasse son rôle de muse saisonnière. 

Il y a une folie dans ce film, et peut-être est-il dérangeant parce qu'il y a une ironie, une trivialité, parce que finalement, malgré le contexte et les décors, il s'agit d'une histoire de vie conjuguale, de rapports de ces forces souterraines et de désirs profonds. Pas de rose, rien de blanc, du noir.

 

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Forme de l eau

- Film américain de Guillermo del Toro -

- Sortie le 21/02/2018 -

Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

Et donc, cette découverte, c'est l'étude une créature amphibie, capable de sentiments, de communication; une créature considérée comme une divinité dans la région d'Amérique du Sud d'où elle est issue, à laquelle s'attache la jeune femme de ménage muette. Leurs échanges passeront par les sens, pas par la parole mais la musique, et surtout les gestes. Et par le don.

Forme de l eau 1

Alors ce film, c'est le grand mélange des genres. C'est ce qui fait son intérêt.

Il s'agit, bien-sûr, d'un film fantastique et d'une romance. On y voit aussi un hommage au cinéma avec la diffusion dans de nombreuses scènes d'extraits de comédies musicales et d'un peplum dans un cinéma de quartier. Il y a une très belle scène onirique en noir et blanc de danse réunissant les amoureux dans l'esprit de ces comédies musicales.

Et il y a le conte et la parodie. Le conte par la thématique monstrueuse - n'est pas le monstre celui qu'on croit. En l'occurence, dans ce film, il est incarné par un colonel aux méthodes expéditives - , qui se joue entre La Belle et la Bête et La petite Sirène. Les scènes aquatiques sont splendides, délicates, sensuelles, nimbées de ce vert d'eau. J'ai beaucoup apprécié les contrastes dans la façon de filmer les scènes amoureuses entre Elisa et la créature, une caméra caressante alors qu'elle est crue, directe, écoeurante, quand elle se tourne vers le colonel.

La dérision et l'humour s'invitent dans ce film à bon escient pour que le scénario ne sombre pas dans le mélo convenu. Il y a la fraîcheur de l'humour, des propos échangées entre ami(e)s, avec une forme de fantaisie dans la naïveté; et il y a l'intrigue qui flirte avec le pastiche du genre espionnage-guerre froide. Les protagonistes en paraissent des caricatures : le colonel et le général américain cyniques et persuadés de leur supériorité, un scientifique infiltré espion des Soviétiques, son responsable russe, leur rendez-vous avec mot de passe dans un lieu abandonné. 

Le film présente deux parties : la première est celle de la découverte, de la rencontre, de la mise en place de l'environnement. J'avais parfois l'impression de voir des anciens films avec les décors du laboratoire. Avec toute cette parodie des années 60, de l'American Way of Life à la paranoïa antisoviétique. Si le grand thème de ce film est la différence transcendée par l'amour, nous y voyons aussi la marginalité et les méfaits de la norme de cette époque-société là ( racisme, homophobie, classe-caste sociale ... ). C'est d'exclusion qu'il s'agit. La seconde partie est celle des poursuites et des coups de feu, qui ne lésine pas sur l'hémoglobine ( ce kitch années 50 avec cette violence en mode too much m'a fait songer au film Suburbicon. )

Actions et fantastique, humour et amour, une créature superbe, des décors plus que soignés, la surprise d'entendre la chanson La Javanaise, ce film, mis à part les scènes de violence, c'est un plaisir pour les yeux, un moment de cinéma très plaisant même si je me demande ce qui m'en restera d'ici quelques mois.

- Le billet de Niki

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Commentaires (9)

1. niki (site web) 04/03/2018

magnifique billet - je vois que tu as aimé ;) (merci de m'avoir citée)
par contre je ne me sens pas du tout attirée par "phantom thread", cela me semble fort covenu

2. Anne (site web) 04/03/2018

Je suis plus attirée par le premier film, c'est - paraît-il - le dernier de Daniel Day-Lewis, que j'aime beaucoup. Je vais le guetter ;-)

3. Marilyne 05/03/2018

@ Niki : merci. J'ai aimé ce moment de cinéma, plus la première partie. Quant à Phantom Thread, c'est très particulier, il me trotte encore dans la tête.

@ Anne : j'ai lu ça, le dernier film de D.Day-Lewis, et il est très bien ( l'acteur :-) )

4. yuko (site web) 05/03/2018

J'avoue que je n'étais pas tentée par le dernier Paul Thomas Anderson (je ne suis pas toujours fan de son cinéma), en tout cas la forme de l'eau, lui, me tente beaucoup ;) belle journée à toi !

5. Marilyne 05/03/2018

@ Yuko : je suis curieuse de ton retour pour " La forme de l'eau " :)

6. maggie (site web) 05/03/2018

je ne pense pas que je l'oublierai de sitôt mais je n'ai aps aimé le côté mélo pour la forme de l'eau. J'ai bien aimé Phantom tread...

7. Marilyne 06/03/2018

@ Maggie : pour La forme de l'eau, je savais que j'allais voir une romance, alors j'ai laissé couler le mélo... ;-) Oui, pour Phantom Thread, une ambiance particulière, fascinant.

8. sentinelle (site web) 23/03/2018

J'aime beaucoup la façon dont tu parles de ces deux films, vus et appréciés également, comme tu le sais :)

9. Valérie (site web) 28/03/2018

J'ai raté Phantom Thread et je le regrette. Le thème de la muse, j'adore et Daniel D. Lewis est un très grand acteur, à mon avis.

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