La Peur

Peuraffiche

Gabriel, jeune conscrit, rejoint le front en 1914. Il va vivre l’enfer des tranchées, et connaitre la peur qui ravage tous les soldats. Sorti vivant de cette terrible expérience, pleine de fureur et de sang, il va découvrir sa propre humanité.

- Film franco-canadien - Sortie le 12/08/2015 - 1H30 - Réalisé par Damien Oudoul -

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Ce film, ce n'est pas la Première Guerre Mondiale au sens historique du terme, c'est les hommes français dans les tranchées. Ce film, c'est le saccage et le carnage, l'horreur et l'absurde du conflit à hauteur de petits soldats et des murs de terre. 

J'ai lu des critiques mitigées, sur les excès de ce film, ce côté démonstratif appuyé-appliqué contre l'état major et les puissants invisibles. Peu importe, malgré ses défauts, j'ai beaucoup aimé ce film, y compris ses partis-pris narratifs et cinématographiques. Oui, il y a une naïveté dans ce film, c'est aussi celle du jeune " héros " - Nino Rocher -, 19 ans en 1914, qui traversera les quatre années de guerre.

On entrevoit à peine des gradés, des soldats allemands. Il n'y a même pas vraiment d'ennemis, il y a la mutilation, la mort, la destruction. Il y a une fondamentale présence des corps de ces hommes, pas seulement leurs visages de poussière et de fatigue; des corps blessés, saignés, amputés, affamés, soignés, tremblant, pleurant, dansant, et les cadavres, et les corps de femmes, des corps désirant et désirés, vivants; les corps sous les uniformes, de l'armée, d'infirmières, sous les habits civils, leur fragilité.

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Ce film est ultra-réaliste avec les scènes du quotidien militaire. Les scènes de combats sont apocalyptiques alors qu'il n'y a pas d'affrontements directs filmés, mais la fumée, les bruits violents des bombes, des tirs, les cris, la caméra comme chahutée, bringuebalée, on ne s'entend plus, on ne voit pas bien, pas loin. Visible dans la bande annonce, ce moment où ces hommes appuyés tête baissée contre la tranchée attendant l'ordre d'assaut, soufflants, tendus à l'extrême, pour conjurer ... la peur, la mort, l'esprit hurlant. Et ce film est onirique. Ce qui est d'autant plus choquant par sa façon de frapper en paradoxes, cette façon de dire la folie, la folie de cette guerre, la démence contre laquelle doit lutter le petit soldat. Et ses hallucinations, lorsqu'elles ne sont pas cauchemars métaphoriques, nous sont aussi des respirations, ce qui est peut-être le pire. 

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L'un des partis-pris de ce film, c'est l'esthétique. C'est terrible à écrire, il est beau ce film, tellement vivant. Les scènes presque d'enfance de ces deux garçons de 19 ans dans leur uniformes rouge et bleu qui jouent à se bagarrer en se roulant dans l'herbe, les scènes de rêves d'une telle fraîcheur, en image d'Epinal, la jolie jeune fille du premier amour en scènes bucoliques, la délicatesse de l'érotisme. Et la vérité de la guerre, dans la boue, dans les terres brûlées sur la voix off du soldat, ses lettres à sa Marguerite qui racontent.

Avec une galerie de personnages qui complètent le récit, de grandes scènes entre rires et pleurs; avec ses comédiens qui ne sont majoritairement pas des professionnels du cinéma. J'ai lu que deux personnages marquants, l'impossible grande gueule surnommé Nègre- Pierre Martial Gaillard - est cuisinier à Grenoble et que l'homme qui joue Fernand - Patrick de Valette -, un soldat apparaissant lors d'une séquence impressionnante entre lui et Gabriel, ivres dans un paysage dévasté, est clown. Ah oui, son art du mime est évident !

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- La bande-annonce sur le site Allociné ICI

- Ce film est une adaptation libre d'un récit autobiographique d'un Poilu, Gabriel Chevalier. Je ne connais pas ce livre. Il y a toute une littérature sur la Première Guerre Mondiale, de témoignages et de romans. La Peur m'a rappelé le roman récent de Lilyane Beauquel, un magistral premier roman se déroulant en Lorraine, côté allemand : Avant le silence des fôrets.

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Commentaires (4)

1. Sandrine (site web) 21/08/2015

Mais pourquoi sortent-ils ça pendant l'été ? Je n'avais pas repéré ce film, adaptation en effet du roman de Gabriel Chevalier, un des grands romans sur la Première Guerre, sorti au début des années 30, en gros quand les lecteurs en avaient soupé des récits de guerre. C'est un grand roman justement parce qu'il est loin des faits qui ont été cependant vécus par l'auteur : il n'y a plus de propagande et le récit est très réaliste, personnel, sans effet. Je me demande à te lire si le film est fidèle à cet esprit...

2. Marilyne 24/08/2015

Pourquoi pas l'été ?
D'après ce que tu écris, le film n'est pas fidèle à l'esprit, il est résolument engagé pacifiste. C'est effectivement un témoignage mais aussi une violent dénonciation.

3. Valérie (site web) 30/08/2015

Il ne passe pas près de chez moi, malheur!

4. Marilyne 31/08/2015

Quel dommage !

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