Cendres - Eduardo Mallea

Emallea

- Editions Autrement - Collection Littératures -

Cendres, considéré à juste titre par la critique comme le chef-d'œuvre de Eduardo Mallea, est le récit d'une vie d'agonie, l'histoire d'une passion argentine, celle d'une femme, Ágata Cruz, qui, au fil des pages de ce récit, se consume sans trop savoir pour qui et pourquoi. Cet être désemparé, " dont la voix est le silence", aspire à un tout dont elle ignore absolument ce qu'il peut bien être. Et pour nous communiquer son angoisse, les tourments qui la dévorent sans répit, elle sait trouver les accents d'un mysticisme qui, par ailleurs, lui est totalement étranger et dont elle ne peut espérer aucun secours. Ágata, parabole de toute existence humaine... de notre existence.

- Traduit de l'espagnol ( Argentine ) par Jean-Jacques Fleury -

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Le roman d’une passion, la passion de vivre qui dévaste Agata Cruz, « cette malade incurable, cette folle, cette obsédée » ; un roman magistral ( paru en 1941 ).

En deux parties, deux temps, Eduardo Mallea parvient à pénétrer le cœur et l’âme de cette femme, la violence de sa solitude. Sa passion dans tous les sens du terme, sa cruelle et féroce exigence de vie, la dévore, érigeant une barrière de feu entre elle et les autres, entre elle et le monde; elle qui n’aspire qu’à brûler, qui n’aspire qu’au bûcher, elle « pitoyable exilée du royaume des mots » qui voudrait « traduire en signes compréhensibles la face magique du monde ».

Ce roman raconte cette vie de passions déçues, inassouvies. Un récit à la fois suffocant et glaçant, fascinant, de renaissances et de morts, d’une acuité impressionnante qui ne néglige absolument pas la dimension narrative. Et c’est tout le terrible talent de Eduardo Mallea, cette verve romanesque sur les abîmes intimes qui met en scène le sud de l’Argentine, ses paysages, ses colons d’à peine une ou deux générations après l’immigration en Amérique latine, ses propriétaires terriens, ainsi que l’effervescence de Buenos-Aires de l’entre-deux guerres. Les premières pages sur la sécheresse dans le domaine de Patagonie sont saisissantes. Quant à l’épilogue de ce roman, s’il ne pouvait être autre, il est effrayant et dérangeant, bouleversant. Quelle puissance de cette écriture, chapitre après chapitre, comme une obstination à dire cette absence, cet absurde, qui perçoit ces élans et les palpitations de cette douleur si profonde, si profondément « vers la source quasi inhumaine de son être »

J’ai retrouvé dans ce roman les accents de déréliction, d’exil intérieur et de claustration, d’incommunicabilité du Tunnel de Ernesto Sabato

« Est-il possible que ce que l’on porte en soi, l’addition tumultueuse d’impulsions divergentes, ne connaisse qu’une seule issue, un seul dénouement et non les directions multiples de son propre désir ? Est-il possible que toutes les voies de l’âme convergent vers un seul et unique naufrage ? Si nous sommes pluriels, pourquoi existe-t-il si peu de solutions ? »

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" ... elle avait tout à coup l'impression de se retrouver aux frontières d'autres territoires humains... Ah ! évènements probables ! Ah ! rencontres possibles ! Attente interminable... Et tout à coup... Ce qui importe, c'est dans quel état d'esprit on les accueille. Ce qui importe, c'est qu'ils découvrent dans notre âme un terreau fertile. Que toutes les frustrations soient les bienvenues tant qu'elles ne viennent pas de l'intérieur ! [...] Au bout du compte, à quoi bon prétendre être différent de ce que l'on est ? Nous forçons notre nature, mais seulement par moments. Après l'intermède, le divertissement, nous regagnons le sein de notre funeste unicité. Ou l'on se supporte soi-même ou l'on s'en va ! On s'en va ! Elle s'arrêta quelques instants sur cette phrase. Elle but une autre gorgée et sourit, légèrement revigorée. Pour ça, il y a toujours le temps. Il y a toujours le temps pour être lasse de tout. "

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 - Présentation de Eduardo Mallea ( écrivain et diplomate argentin - 1903-1982 ) et de ses livres ICI, un site que je recommande à ceux qui s'intéressent à la littérature argentine -

- Lire les Classiques avec Stephie -

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Commentaires (6)

1. Manu (site web) 19/04/2014

Je dois bien avouer que la passion n'est pas un de mes thèmes de prédilection mais ce roman a l'air puissant.

2. Marilyne 22/04/2014

Prenant, et pas facile, assez éprouvant, mais effectivement, quelle plume !

3. Praline (site web) 27/04/2014

Ce billet et les adjectifs que tu emploies en commentaire me font immédiatement noter ce titre.

4. Marilyne 27/04/2014

Pas évidente à définir tant elle est dense, une lecture marquante.

5. denisd (site web) 17/05/2014

Je note à lire d'autant que l'éditeur est de qualité

6. Marilyne 18/05/2014

Oui, j'apprécie aussi beaucoup l'éditeur, la qualité des textes et des livres. Il n'a pas été facile de choisir l'un des titres de E.Mallea sur son stand !

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