L'origine de la lumière - Arnaldo Calveyra

Lumi re calveyra

- Actes Sud -

- Traduit de l'espagnol ( Argentine ) par Françoise Campo-Timal -

Ici la prose est poésie. Et tout - les hommes, les animaux, l'ouragan, la lumière - tout participe d'une même cosmogonie, celle de l'enfant que fut jadis Arnaldo Calveyra dans la campagne argentine.

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Une rencontre définitive avec cet auteur argentin, première lecture Maïs en grégorien que je n'ai pas su présentée, et puis ce recueil L'origine de la lumière, et puis d'autres titres qui vont ( me ) suivre, je le sais.

Arnaldo Calveyra est auteur, il est poète. Sur la couverture de ce livre, il est écrit Contes. Peut-être. Mythologie intime. Ce sont des récits d'enfance, comme des fables, le merveilleux est celui du regard, un recueil comme le roman de la mémoire; souvenirs en hommage aux origines, ses origines et ses lumières, celles de sa terre natale, de ceux qui furent sa famille. Des histoires comme aux veillées estivales, des chroniques villageoises teintées de ce fabuleux qui mêle le sens aux sensations, le jour à la nuit, le ciel à la terre.

La plume y est vive, vivante, autant qu'elle est superbement descriptive, délicatement lyrique, sur la rudesse parfois, des hommes, de la vie. .

" ... une maison basse située dans les environs d'un hameau, en un endroit où l'ouest se précipite à la rencontre d'une imposante falaise, ourlet de terre argileuse traversé par un ruisseau qui se mue en torrent l'hiver et s'emplit de ciel en été. Cette maison, une masure en pisé et en chaux, sans protection, battue par les vents et la pluie, semblait appartenir elle aussi à l'ouest, privée qu'elle était de lumière, de braises, de jardin et d'arbres. Les rares fois où l'on voyait de la fumée sortir de la cheminée de la cuisine, c'était une fumée maigrelette, comme étrangère à son feu."

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Une plume légère si riche de mots, d'images et d'émotions, frémissante, effleurant les instants, ces gens de l'Argentine rurale si loin de Buenos-Aires, ces " immortels qui s'étaient absentés sans dire où ". C'est le temps de l'Argentine des fermes de la fin des années 30, le temps passé. Densité de la mémoire, de l'air, de la langue, des pages.

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" Je revenais ponctuellement. Ces jours-là, une radieuse lumière issue du nord convergeait sur toutes les fermes des environs, se posait sur les peupleraies et sur les toits, les dorait, les adorait. [...].

Oui, heureuses fermes. En dépit d'une guerre mondiale ( "elle ne doit pas être si mondiale que ça puisqu'on est pas dedans" disait don Isaias ), sur ce coteau de la planète le ciel réclamait furieusement du bleu. Que les capelines et les mains qui les retenaient contre le vent n'abandonnent pas ces pages. Chaque jour venait et s'en allait, mais le vent ne cesse à présent de balayer ce qu'il touche, les gens ont éteint la lumière, nul ne sait où ils reposent.

Ah, les nuits de ces étés ! Maintenant, une à une, elles assaillent ma mémoire à force de me chercher parmi les millions de nuits de la terre, de m'attacher par leurs senteurs de jasmin, leurs étoiles, leurs aboiements proches et lointains, leurs conversations de fins de repas au coeur de l'ombre et de la fraîcheur retrouvée des patios, par les brusques silences qui saisissent ces conversations, si animées fussent-elles, et paraissent les mordre comme des chiens furieux nés de l'obscurité même, et les laisser suspendues à une virgule, parce qu'elles ressemblaient à ce silence maraudeur, ce silence qui est aujourd'hui le mien."

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Ce dernier texte L'origine de la lumière est un poème en prose, une lettre d'amour.

" En ce temps, où chacun des personnages de cette histoire et chacune des histoires de ce livre s'en venait du fin fond des temps, un sourire aux lèvres, et où ma curiosité flottait comme une bannière avide par-dessus fermes et champs, je m'employais à apprendre le plus de personnes possibles à la fois, aussi bien dans les livres que dans leurs quotidiennes apparitions - les apparitions successives d'un dieu -, lové dans leur lumière ou dans leur ombre jusqu'à embrasser la totalité du genre humain."

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L'illustration de couverture est le détail d'une toile du peintre uruguayen Pedro Figari. Voici l'un de ses tableaux qui me semble joliment accompagner cette lecture.

- Présentation et galerie : www.pedrofigari.com -

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Figari de la iglesia

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Commentaires (8)

1. Anne (site web) 03/04/2014

La couvertuuuure !!!

2. Marilyne 03/04/2014

Lumineuse... :)

3. Aifelle (site web) 04/04/2014

Les extraits sont très beaux, je vais aller repérer en librairie ;-)

4. Marilire 07/04/2014

J'espère que tu le croiseras. Sinon, dis-moi... :)

5. Mina (site web) 21/04/2014

C'est donc lui, l'auteur aux trois livres repérés ? C'est que tu parviendrais presque à me tenter, je ne suis pas étonnée qu'il t'ait parlé, en lisant les extraits que tu cites.

6. Marilyne 22/04/2014

Pire, l'auteur aux quatre livres... ( de la poésie, du narratif et même un non-fiction ^^ )

7. denis (site web) 02/05/2014

Un auteur à découvrir que je ne connais pas.

8. Marilyne 03/05/2014

Oh oui, vous qui appréciez la poésie, je ne peux que vous recommander de le rencontrer

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